Nos amis anglais (certains diront nos meilleurs ennemis), ne manquent pas une occasion de se moquer des français, en voici encore un exemple… ce courrier est parti le 12 mai 1870 de OUNDLE en Angleterre, il est adressé à Adolphe HUTEAU, place du marché aux herbes à Saint-Jean d’Angely.

On notera au passage l’annulation 601 du timbre (le killer) One Penny à l’effigie de la reine Victoria, et l’ambulant « ANGL – AMB CALAIS » en rouge.
En dépliant le courrier, on découvre un extrait du journal Punch, or the London Charivari daté du 7 mai 1870 montrant Napoléon III demandant à madame la France « Madame ne s’opposera pas, j’espère, à deux vies dans le bail » sous le texte « renouveler le bail ». Et la France sous la forme de la secrétaire avec sa cocarde de répondre « hm ! je suppose que je ne peux pas m’y opposer »

Quelques précisions sont utiles :
Le magazine Punch a été fondé en juillet 1841, et emploie un ton humoristique voire sarcastique. Il vise toutes les classes sociales, parfois avec une certaine cruauté et une forme de racisme. Les dessins satiriques ont toujours émaillé les parutions, sans limite ni pour le pouvoir anglais, ni pour les voisins. Il atteignit son pic de vente en 1947 avec plus de 180 000 exemplaires. L’humour britannique s’essoufflant en 1992, c’est l’homme d’affaires Mohamed Al-Fayed qui le rachète pour finalement l’abandonner en 2002.

Que s‘est-t-il passé en mai 1870 ? Napoléon lance un plébiscite sur la question suivante : Le peuple approuve t’il les réformes libérales opérées par l’Empereur avec le concours des grands corps de l’État, et ratifie le senatus-consulte du 20 avril 1870 ?
Il s’agit pour Napoléon III de réaffirmer son lien privilégié avec le peuple. De plus, il veut faire reconnaître que cette évolution libérale du régime impérial est le fruit de sa volonté. Au-delà d’une approbation des réformes, il s’agit aussi d’un enjeu dynastique, car Napoléon III veut transmettre la couronne à son fils Napoléon-Louis et ce, dès que le jeune prince aura atteint ses 18 ans. L’Empereur sollicite donc les électeurs conservateurs des campagnes pour stopper l’opposition républicaine et libérale. Ce faisant, il divise aussi l’opposition.
Le résultat qui tombe le 8 mai 1870 est au-delà des espérances du dirigeant avec plus de 82% pour les réformes. Napoléon III estime que les Français ont tranché entre la révolution et l’Empire. Mais il profite peu de son triomphe du fait de l’aggravation de son état de santé (l’empereur doit être de toute urgence opéré de la vessie afin de lui éviter de succomber à une crise d’urémie). Les médecins au chevet de l’empereur ne parviennent cependant pas à se mettre d’accord sur les modalités de l’opération sauf à cacher à l’empereur la gravité de sa maladie.
Le 19 juillet, la guerre est déclarée à la Prusse. La défaite militaire est l’unique raison qui conduira à la révolution parisienne du 4 septembre suivant, défaite qui a longtemps servi à qualifier le règne de Napoléon III.
La France ne connaîtra pas d’autre référendum avant 1945, et son fils ne règnera jamais…
