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La double utilisation d’une lettre en 1857

Voici une lettre du 26 mars 1857 de MORTAGNE SUR GIRONDE taxée à 30c et à destination de Piouzin via Saintes et Niort. Le cachet du bureau distributeur de CHEF-BOUTONNE apparaît au verso à la date du 29 mars 1857

lorsque l’on déplie cette lettre, surprise ! le même courrier a été utilisé pour la réponse en son verso, par le destinataire le 29 mars :

la réponse, partie de Pioussay (et non de piouzin), commune du canton de Chef-Boutonne, a été envoyée avec le même pli et affranchi avec un n°14 oblitéré PC 836 et avec le cachet à date au type 15 de Chef-Boutonne.

l’expéditeur initial avait fait l’économie d’un timbre poste, mais le destinataire a lui même réalisé une économie de papier… l’utilisation d’un même support par l’expéditeur et le destinataire est un cas très rare… le fait s’est reproduit plus tard pendant la seconde guerre mondiale avec la pénurie de papier.

Bien que sans rapport avec la rareté de la lettre, la trajet emprunté à l’aller retient l’attention. Le parcours apparaît comme totalement effectué en voiture via les bureaux de Saintes et de Niort. Pour le retour, le parcours semble être : transport en voiture jusqu’à Ruffec, puis un ambulant de Bordeaux à Paris jusqu’à Poitiers. La lettre est insérée dans une enveloppe dépêche par l’ambulant pour Mortagne sur Gironde puis elle emprunte le train de Poitiers à Niort. A partir de Niort, le parcours via Saintes jusqu’à destination est effectué en voiture.

NB: le tronçon de ligne Niort – La Rochelle ne sera terminé que le 22 juin 1857 (3 mois après le parcours de cette lettre), la ligne Angoulème – Rochefort le sera 10 ans plus tard…

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Les moyens provisoires d’indiquer la recommandation pendant et après la seconde Guerre Mondiale

« La recommandation est une formalité qui consiste dans le dépôt d’un objet de correspondance au guichet d’un bureau de poste contre récépissé. Cet objet, moyennant la perception d’un droit, ne sera remis qu’au destinataire après la signature d’un reçu ».   Cette définition se traduit plus simplement en langage courant par colis ou lettre recommandée. Pendant la seconde guerre mondiale, les postiers ne pouvant utiliser registres et étiquettes de recommandation durent employer le système D pour  le marquage des objets recommandés. Depuis, l’habitude a été prise de  les nommer simplement « recommandés provisoires ».

La seconde guerre mondiale et parfois jusqu’en 1949  fut une période de difficultés d’approvisionnement en tout genre, nourriture, vestimentaire, carburant, … et entre autre, d’épuisement des stocks de papier. La presse écrite fut contrainte de réduire le format des journaux, de limiter le nombre de pages, quand ils ne furent pas réduits à une simple feuille imprimée recto-verso. L’imprimerie nationale fut bien évidement touchée par cette pénurie de papier et autre matières nécessaires à ses fabrications.

C’est dans ce contexte que le 31 octobre 1942, La Direction Générale des Postes annonçait par la voie du Bulletin Officiel (aujourd’hui Journal Officiel) la mise en place de nouveaux registres imprimés sur papier blanc, comportant des étiquettes non gommées et l’administration conseillait même  dans certaines circonstances d’utiliser les bandes vierges des feuilles de timbres.

A cette première difficulté, s’ajouta celle de faire parvenir ces registres à nombre de bureaux. Le manque d’approvisionnement obligea les postiers à utiliser des découpes dans les espaces vierges des registres, d’utiliser les étiquettes d’expédition de liasses, etc

St Jean d’angély – Recommandé provisoire du 28 .2.1945

Certains bureaux de poste ont fait confectionner des cachets spécifiques. On rencontre également un cachet représentant un grand R de type bouchon. Ce dernier cachet se retrouve sur des correspondances émanant de divers bureaux. La similitude  de ces cachets laisse penser qu’il s’agit d’une dotation de l’Administration.

Pons – Recommandé provisoire du 8. 8 .1946 utilisation d’un cachet type bouchon

Saint Porchaire – Recommandé provisoire du 27.10. 1945 – Bas de feuille de timbres portant la mention « PTT Cotisation assurances sociales » + griffe du bureau

Saint Savinien – Recommandé provisoire du 15.4.1947 – griffe du bureau

Saintes – Recommandé provisoire du 8.5.1946 – inscription manuelle de la recommandation

Saintes – Recommandé provisoire du 6 .7.1946 – Griffe du bureau

Saintes Recommandé provisoire du 14/6/47 Griffe SAINTES LR -PLR G3 – OPR n°

Sur les 294 bureaux de poste du département existants alors, on a en actuellement dénombré 81 ayant eu recours à la recommandation provisoire, soit 27% des bureaux. Ce sont naturellement les bureaux de poste d’agglomérations importantes qui furent les premières en rupture de registres et d’étiquettes de recommandation, mais c’est surtout à partir de 1945 avec la reprise de l’activité économique que la pénurie s’est considérablement développée. Conséquence d’une inflation galopante on trouve neuf tarifs et 300 timbres-poste différents ayant pu servir à l’affranchissement. Seule une étude approfondie  et à grand échelle permettrait de déterminer quel est le type de recommandation le plus rare, de la recommandation provisoire ou la recommandation avec étiquette normale.

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Timbres perforés de charente maritime

… obtenus au moyen d’une presse à perforer munie d’aiguilles perforant simultanément plusieurs timbres. En majorité, ce sont les initiales des entreprises qui ont été utilisées. Ce procédé avait pour but de réduire le
vol de timbres-poste dans les entreprises.


Inventé par les anglais dans les années 1860, la perforation des timbres a d’abord été interdite en France avant d’être autorisée en novembre 1875 à condition que ces marques ne dépassent pas un tiers de la superficie des timbres et qu’elles n’altèrent pas les chiffres de la valeur. L’utilisation de timbres perforés diminua à partir de la
seconde guerre mondiale et l’administration finit par en interdire l’usage à compter du 21 janvier 1955.


La presse à perforer de la firme Barthélemy et Bernard à Paris permettait de perforer 10 à 15 timbres à la fois. On pouvait superposer 3 bandes de timbres. Tous les timbres étaient perforés dans le même sens et à l’endroit.

La presse à perforer Mathias Sitter à Colmar  pouvait perforer 5 timbres simultanément. En présentant les timbres pliés en accordéon sous la presse on obtenait 8 positions de perforations possibles


Quelques exemples perforations obtenues après pliage avec la presse Mathias Sitter

En Charente Maritime les entreprises qui ont utilisé des machines à perforer  sont peu nombreuses, ce qui s’explique en partie par la faible industrialisation du département. Les principaux utilisateurs de timbres perforés sont le Crédit Lyonnais  (lettres CL, agences de La Rochelle, Saintes, Surgères, Jonzac) et le comptoir National d’Escompte de Paris (C.N ou C.N. agences de la Rochelle, Saintes, Rochefort, St Jean d’Angély, Le Château d’Oléron, La Tremblade).

Crédit Lyonnais, Saintes 1918
comptoir National d’escompte de Paris, Saintes 1954

Les autres utilisateurs de timbres perforés en Charente maritime sont :

Ferdinand Bert  (FB) quincailler à Rochefort, Girard et Cie (G.C) Fabricant de cognac et courtage maritime à Tonnay Charente, Worms (W) importateur de charbon anglais à Tonnay Charente,  Oscar Dahl (O.D) armateur, pêcheries de l’atlantique à La Rochelle, D’Orbigny et Faustin (OF) transporteur maritime, Banque Dalmont-Connoué (DC) banque locale à Saintes.

Implantée à Saintes et possédant une succursale à Saujon, la Banque Dalmont-Connué, antérieurement Banque Gustave Auger était une banque familiale qui avait comme principaux clients les notables locaux. Tout comme la Banque Daviaud à Rochefort, elle dû intégrer un consorsium bancaire regroupant les petites banques locales et familiales pour faire face aux géants de la profession. La période d’utilisation de timbres perforés par cette banque est connue de 1911 à 1922, mais il est toujours possible que ces dates puissent être améliorées.

Banque Dalmont Connoué, Saintes 1911
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Pierre Loti

De l’intérêt de faire quelques recherches… à partir d’une lettre presque anonyme… un vrai écheveau à dérouler sur les traces d’un aventurier ! 

Voici une enveloppe acquise pour une somme très modeste, expédiée de SAINT-PORCHAIRE et à destination de Julien VIAUD, aspirant de marine à bord du Vaudreuil. Julien VIAUD est plus connu sous le nom de PIERRE LOTI. Cette enveloppe de deuil est affranchie avec un 20c de l’émission de Bordeaux (n°45B) annulé par le Gros Chiffre 3823 du bureau de SAINT PORCHAIRE.

Timbre à date du type 17 au 6 avril 1871. 

 Le Vaudreuil est un aviso à hélice, construit à Lorient et mis à l’eau le 26 août 1870. C’est un navire mixte à coque en bois de 64 mètres de long, effectif de 152 hommes. Pour sa première campagne, le Vaudreuil naviguera dans les eaux de l’Atlantique et du Pacifique, faisant la traversée de Lorient à Valparaiso par le détroit de Magellan. Julien Viaud y est affecté comme aspirant du 15 mars au 1er novembre 1871. 

Le Vaudreuil – 1870

Ci-dessous, deux correspondances de deuil datées du 3 mars et du 3 mai 1874, affranchies à 25c (tarif militaire pour à la station du Sénégal). Le timbre à date est au type 17 et les timbres sont annulés par le Grand Chiffre 3823 de Saint-Porchaire. On notera que L’expéditeur est le même que précédemment et que Julien Viaud est monté en grade, passant d’aspirant à enseigne de vaisseau. 

Lettre du 3 mars 1874 (ouverture en coin !)
Lettre du 3 mai 1874

L’Aviso Pétrel a été construit au havre et armé pour la première fois en 1873. C’est un bâtiment à voile et à vapeur muni de roues à aubes. L’enseigne de vaisseau Julien Viaud embarque sur le Pétrel le 21 septembre 1873. A bord de cet aviso il effectue sa première campagne au Sénégal pendant presque un an, jusqu’ au 25 mai 1874. 

Julien Viaud en tenue d’enseigne de vaisseau 

Sur cette 3ème enveloppe de la même époque, on retrouve le même expéditeur et même bureau de départ. Lorsque l’on écrivait à un marin à bord d’un vaisseau de la Marine en Méditerranée, la correspondance devait obligatoirement être adressée à : Escadre de la Méditerranée -Toulon 

En 1876 Pierre Loti est à bord de la Couronne. Ce navire faisait partie de la flotte de Napoléon III lors de sa visite en Algérie en 1865. C’était un trois-mâts possédant 1 620 m2 de voilure mesurant 80 mètres de long pour 16,7 mètres de large. C’est la première frégate française dont la coque est entièrement en fer, elle fût construite à Lorient. 

Quelques éléments historiques : 

– Les parents de Pierre Loti se marient en 1830 et s’installent au 141 de la rue Saint-Pierre à ROCHEFORT SUR MER, devenue depuis rue Pierre Loti, dans une maison appartenant à la famille de sa mère. La maison restera propriété de la famille jusqu’à la mort de Samuel le fils de Pierre Loti en 1969, et l’achat de cette maison par la Ville de Rochefort, 

– Marie la soeur ainée de Pierre Loti, après son mariage en 1864, habitait à Saint-Porchaire. C’est au domicile de celle-ci que la famille se réunissait souvent et où Pierre Loti avait sa chambre personnelle lorsqu’il venait y passer quelques jours, ci-dessous le faire-part de son mariage:

– Les trois enveloppes de Saint-Porchaire sont écrites par Marie à son frère, 

– Enveloppes de deuil : Elles sont postérieures au décès de leur frère Gustave décédé en 1865, à celui de leur père en 1870. Quant à leur mère, à l’époux de Marie et aux tantes tante Marie-Julie Viaud ou Adèle Viaud leurs décès est postérieur à l’envoi de ces courriers. Il peut s’agir du décès dun grand père ou d’une grand grand mère dans la famille Viaud ou encore d’un décès dans la famille de l’époux de Marie. 

Voici le faire-part annonçant le décès de Louis-Gustave en 1865, chirurgien de deuxième classe dans la Marine, mort dans le golfe du Bengale à l’âge de 28 ans:

Documents faire-parts collection de Mr François DES MENARDS


Autres correspondances

Une lettre rare 

Cette lettre est une pièce rare, et qui dit rare, dit onéreux, et cela pour deux raisons : les lettres écrites par Pierre Loti sont exceptionnelles sur le marché philatélique et le timbre à date « Escadre de la Méditerranée» est beaucoup plus rare encore. Mais la reproduction de cette lettre nous permet de voir l’écriture de Pierre Loti et de constater que même lorsqu’il écrit à sa mère il signait de son nom d’écrivain. 

La lettre est adressée à sa mère (son père était décédé en 1870). Le courrier des marins en service en Méditerranée transitait par Marseille qui apposait le timbre à date « Escadre de la Méditerranée – Marseille ». 

Le 21 juin 1876 correspond à la date de la prise charge de la lettre par l’administration postale sur le sol français, la lettre ayant été écrite antérieurement. Le courrier de l’escadre était amené à Marseille soit par un navire de la Marine, soit par un des paquebots français ou anglais des lignes du Levant. 


Exemple du cheminement d’une lettre 

1877 Enveloppe de Smyrne destinée à Julien Viaud 

A Constantinople (Istanbul), à tarif postal identique, selon les dates de départ des navires et des trains pour la France, l’expéditeur, pouvait s’il le souhaitait, choisir le mode d’acheminement de ses correspondances. L’expéditeur indiquait alors voie de mer (ou voie de Smyrne) ou bien il indiquait voie de terre (ou voie de Varna)

Le parcours de la lettre

– Au recto : départ Smyrne 6 avril 1877, au verso ambulant Marseille à Lyon spécial le 11 avril, ambulant Cette (ancien nom de Séte ) à Bordeaux le 12 avril, Rochefort le 12, 4ème distribution. 

– La lettre n’est pas allée jusqu’à Lyon. Elle a quitté l’ambulant à Tarascon dans les dépêches pour le sud de la France et a été transportée par un convoyeur jusqu’à Cette (Séte) via Nîmes, puis elle a été prise en charge et traitée par l’ambulant de Cette à Bordeaux.